Ma dernière semaine a été relativement occupée, aussi bien au travail qu'en dehors.

Au travail, je me suis assurée que mes projets soit correctement repris après mon départ, donc j'ai fait principalement de la formation aux stagiaires repreuneurs. Le soir, je suis allée au restaurant, en soirée ou chez des amis pour faire mes au revoir. Plus la semaine avançait, plus la boule dans mon ventre qui redoutait le moment du départ grossissait. Bien sûr une partie de moi avait envie de rentrer en France, de revoir David, la famille et les amis. J'avais envie de retrouver mes habitudes, les rues propres et organisées, la nourriture... Et bien sûr un bon nombre de choses n'allait pas me manquer comme:

- La pollution

- Le bruit incessant

- La négociation (bien que marrante des fois, au quotidien c'est épuisant)

- Le fait d’être pris pour une poire à chaque fois qu'on annonce un prix correct à un commerçant/chauffeur parce qu'il veut nous arnaquer

- Le "jemenfoustisme" à l’indienne, surtout au travail où il faut toujours être derrière eux pour obtenir des résultats

- La mousson

- Les crapauds, les corbeaux, le minaret qui ont si mélodieusement rythmés mes nuits

- Les déchets partout dans les rues

- Les coupures de courant, d’eau ainsi que tous les disfonctionnements récurents dans l'appartement

 

MAIS l'autre partie de moi ne voulait pas quitter l'Inde, ce pays auquel on a tant de mal à se faire au début mais qui devient si attachant au fur et à mesure qu'on le découvre. Je ne voulais pas quitter les gens, dont j'appréciais la mentalité et qui pour certains sont devenus des amis. Je ne voulais pas quitter les aspects qui me faisait aimer cette vie comme:

- Mes collègues et autres connaissances ou amis rencontrés sur place

- Les prix

- Le statut privilégié du "Blanc" qui vous donne accès à des choses complètement impensables en France

- La nourriture: pas tout mais notamment les idlis, les parothas, le manchurian, les appams, dosai, kadai paneer...

- Le climat!

 

C'est dans ce contexte d'ambiguité morale que je suis allée à mon dernier jour de travail vendredi 31 Novembre 2012. Ma journée se déroule normalement bien que plusieurs collègues viennent me serrer la main le matin en me souhaitant le meilleur pour la suite. A 16h15 nous (les concepteurs français) prenons notre pause. A 16h45, nous remontons travailler (Eh oui, une demi-heure c'est le temps normal en Inde^^). A 17h, les concepteurs reproposent une pause. Je trouve que c'est quand même un petit peu tirer sur la corde, même si personne ne nous aurait rien dit. Et puis je ressens de l'agitation, les collègues se dirigent tous vers la salle de conférence. Me doutant qu'aucun client ne monopoliserait autant de programmeurs pour un simple appel Skype, je sens qu'un truc bizarre se prépare. Comme je m'y attendais, on finit par me convier à la mystérieuse réunion. Ils sont tous là, rassemblés, les yeux rivés sur moi. Déjà l'émotion monte. Puis ils m'offrent un petit paquet, que j'ouvre fébrilement. C'est un paon en métal décoré de mille couleurs, très kitch mais le coeur y était. Quand j'essaye de sortir un petit discours de remerciement, ça ressemble plus à un begaiement saccadé car je peine à parler. Je me mets à pleurer, je les prends dans mes bras, je pleure encore plus. Jayanthi tente de me réconforter en me disant que Claire aussi avait pleuré à son départ. J'ai été d'autant plus émue que de toute la période où je suis restée à Animédia, 6 stagiaires ont fini leur contrat et aucun d'eux n'a reçu de cadeau ni n'a fait l'objet d'un rassemblement particulier (un au revoir classique en somme). Je pense qu'ils m'ont particulièrement appréciés et que je les ai sans doute marquée?

 

 

En parlant de Jayanthi, ma chef de projet favorite, j'ai bien cru ne pas la voir avant de partir. Absente le matin, j'ai cru qu'elle avait pris un jour de congés le jour de mon départ car elle n'est arrivée au bureau qu'à 16h00. Pour la première fois depuis que je suis à Animédia, elle portait un sari (violet, en soie : magnifique). Je ne peux m'empêcher de penser que c'était un petit clin d'oeil pour me dire au revoir à sa façon...

Des adieux plutôt déchirants donc, qui m'ont encore moins donnés envie de partir.


Bien entendu, je me suis tout de même rendue à l'aéroport le lendemain matin, j'ai payé mes 120€ de suppléments baggages pour mes 7 Kg de surcharge (pour la petite anecdote, je pensais être dans les clous car j'avais emprunté la balance du marchand du petit boui-boui en bas du boulot. Ca vous donne une idée de la précision indienne...^^), j'ai discuté pendant les 2h d'attentes avec un bavard solitaire qui m'avait prise pour cible alors que je pensais travailler mon rapport, j'ai regardé des films à m'en faire mal aux yeux pendant presque tout mon temps de vol, j'ai attéri avec une heure de retard, j'ai été rejointe par le bavard alors que je trépignais d'impatience devant le tapis roulant qui rend les valises, j'ai sauté dans les bras de mon chéri qui m'attendait impatiemment derrière les barrières "à-ne-pas-dépasser" et j'ai profité de mon premier "bisous public" (en Inde nous ne nous tenions même pas la main dans la rue) depuis 9 mois. La suite... ne vous regarde pas!